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Une carte de paiement pour tous

__ Article parru sur African Banker (lien vers l’article).

 
À la tête du GIE Monétique depuis deux ans, Mouatassem Boudiaf souhaite doter chaque Algérien d’une carte magnétique de paiement, d’ici à cinq ans. Un défi dans un pays qui ne semble que tardivement en faire une priorité. 

Bien sûr, cet ingénieur de 49 ans a peu de chances d’acquérir la notoriété d’une vedette du football. Néanmoins, Mouatassem Boudiaf devrait laisser sa marque, s’il réussit à substituer des cartes magnétiques de paiement aux billets de banque, dans le portefeuille des Algériens.

Le défi est risqué, d’autant que la politique de l’Etat en la matière semble encore très hésitante. Dans les faits, le premier bilan de l’opération monétique, lancée en 2007, parait dérisoire: le paiement par carte ne représente que 1 % des transactions bancaires ! L’Algérie compte à ce jour quelque 2 980 TPE (terminaux de paiement électroniques) dont une centaine seulement génère des transactions. Le parc national comprend 1,4 million de cartes de paiement, dont seulement 25% sont actives en retrait et en paiement

« Nous avons perdu beaucoup de temps, nous allons devoir le rattraper », admet Mouatassam Boudiaf. En 2014, les banques font appel à lui pour accélérer le processus de diffusion du système monétique. L’Association îles banques et des établissements financiers (ABEF) le désigne à la létc du groupement d’intérét économique (GIE.) Monétique, un organe de régulation dont la stratégie vise à moderniser la plateforme monétique interbancaire, et ce, en vue de faire évoluer en termes de fonctionnalités et de volumétrie. Ce projet est mené en collaboration avec la Société d’automatisation des transactions interbancaires, la SATIM, que Moualassem Boudiaf connaît bien pour l’avoir dirigée. Son passage à la téle de cette institution, entre 1999 et 2004, est intervenu au moment où les établissements financiers algériens, bousculés par le développement de la technicité en matière de gestion des produits bancaires, ont pris conscience de la nécessité de se mettre à jour.

Créée en 1995 par huit banques publiques, la SATIM compte aujourd’hui 17 adhérents, dont des banques privées ainsi qu’Algérie Poste. Durant son mandat, Mouatassem Boudiaf s’est consacré à la mise en place du Réseau monétique interbancaire (RMI) et à la modernisation du système de paiement de masse grâce à la généralisation de la carte interbancaire. Ce projet d’envergure devait permettre à terme aux usagers de régler les achats de biens et de services auprès des commerçants affiliés au réseau et disposant de terminaux.

Avis divergents, au sein même du ministère

Avant de diriger la SATIM, Mouatassem Boudiaf avait exercé ses compétences techniques à Air Algérie ou il fut pendant dix ans (1989-1999) responsable du département Systèmes d’information des opérations aériennes.

Aujourd’hui, cette entreprise est sur la liste des grands facturiers comme les compagnies de téléphone, l’Algérienne des eaux, Sonelgaz et Algérie Telecom, qui se sont engagés dans l’opération d’automatisation de leurs services de paiement. « Nous avons plus d’un million de cartes mais elles ne génèrent pas de transactions. Donc, l’objectif est de passer dans un premier temps par le paiement sur l’Internet qui est un levier important permettant la massification de la carte de bancaire. »

La vulgarisation de l’usage des nouvelles technologies, avec le lancement de la 3G. constitue un atout, considère-t-il. Un avis qui n’est pourtant pas partagé par tous: la ministre des Télécoms eIle-même semble dubitative ; Imen Houda Fcraoun vient de jeter un nouveau pavé dans la mare en affirmant que le recours au e-paiement constitue « une erreur monumentale » et que cette méthode « est dépassée ». Pis, elle considère que le paiement électronique risque de ne pas voir le jour de sitôt en raison de l’absence d’une infrastructure technique et d’une réglementation indispensables à la sécurisation des réseaux de paiement.

Les observateurs évoquent plutôt un manque flagrant de volonté de la part des politiques.

« Techniquement on est prêts depuis dix ans, mais on trouve de mauvais prétextes. Il faut une plateforme réseau qui interconnecte les banques, les commerçants », estime Younès Grar, spécialiste reconnu de ces questions et… nouveau directeur de cabinet du ministère. Il déplore la persistance d’un vide que les aulorités tardent à combler. Il s’étonne par exemple que les banques publiques restent encore à la taîne dans l’adoption de l’e-paiement alors que les établissements privés ont déjà franchi le pas. Comme beaucoup, il estime que cette situation arrange les « barons de l’informel » qui s’inquiètent de la transparence que peut apporter l’e-paiement en matière de traçabilité des fonds.

Un défi technique et législatif

Mouatassem Boudiaf le sait bien: « La monétique va participer à la bancarisation de l’économie. » Depuis deux ans. il multiplie les communications didactiques sur les opérations qu’il a engagées à la tête du GIE Monétique. « Il ne s’agit pas seulement de distribuer des cartes de paiement et d’installer des TPE, mais l’objectif est d’arriver à fane naître des transaction» d’une manière massive. À court et à moyen terme, nous devons faire évoluer le transactionnel. Pour y parvenir, il mise sur la réussite de deux projets. Le premier concerne la modernisation de la plateforme monétique interbancaire. Le second chantier est d’ordre législatif. Il s’agira de « ficeler l’encadrement réglementaire qui permettra de doter les entités économiques, donc les personnes morales, d’un instrument de paiement électronique ». Les nouveaux textes attendus avant la fin de

cette année, seront suivis par d’autres sur l’encadrement de la vente en ligne. « Il faut cibler des objectifs forts ! »

Dans les médias algériens, certains lui reprochent de ne pas avoir les pieds sur terre et de viser des objcctifs difficiles à atteindre. Mais il s’accroche et multiplie les initiatives. Ainsi, il vient de signer un protocole d’accord avec l’Institut île la formation bancaire (IFB) sur la création d’une plaleforme de e-leaming spécifique à la monétique en faveur du personnel des banques. Il table également sur l’organisation de campagnes d’information pour familiariser le grand public à I’utilisation des cartes magnétiques. « J’espère que dans cinq ans. tous les Algériens seront dotés d’au moins une carte de paiement et qu’ils en feront usage une à deux fois par jour», confie Mouatassem Boudiaf.

D’ici là. l’Algérie devra compléter sa révolution numérique. Un défi de taille, nul n’en doute. Par exemple, le cercle de réflexion Nabni pointe du doigt le retard dans le développement des e-services, en particulier le e-paiement et le e-commerce. insistant sur la nécessité d’un cadre réglementaire « clarifiant les rôles et les responsabilités des banques, des opérateurs et des intermédiaires pour instaurer la confiance et favoriser l’essor de ces nouvelles technologies ».